"Touche pas à mon école" : des collégiens honorent la laïcité en hommage à Samuel Paty et Dominique Bernard

"Le rôle d’un professeur, c’est de nous préparer et de nous former pour le futur tout en nous apprenant à être libres et nous-mêmes." Nolan.

Gilles Roumieux, professeur d’histoire-géographie au collège Jean-Racine à Alès (Gard), est l'initiateur du projet « Touche pas à mon école ». Il nous raconte comment ce dernier est né, en réaction à l’assassinat de Dominique Bernard, le 13 octobre 2023, pour « interroger les élèves, les faire réfléchir par eux-mêmes, renforcer leur vigilance, les prémunir contre toutes les emprises et leur donner des clés pour construire leur propre liberté ». Mickaëlle Paty, la sœur de Samuel, est devenue marraine du projet après être entré en contact avec Gilles Roumieux en décembre 2020.

Elle nous explique : « À la suite de l'attentat islamiste du 16 octobre 2020 contre Samuel Paty mon frère, Gilles avait mené un travail de réflexion et d'expression libre sur le fait que l'on puisse porter atteinte à ce qui les construit, le professeur, et à ce qui les fonde, les valeurs de la République. Leurs travaux ont été relayés dans la presse, c'est ainsi qu'ils sont arrivés jusqu'à moi. Ces propos dignes ont été capables de faire battre le pouls de la démocratie et de la République française mais également le mien. Il faut dire que je me suis retrouvée quelque part "fâchée" avec une partie de la jeunesse qui a été capable de vendre son professeur pour 300 euros. J'avais perdu un frère mais également la confiance dans un avenir celui que portent tous les enfants. »

« Il y a maintenant, poursuit-elle, toutes ses voix qui s’élèvent et nous élèvent. Elles ne le sont que grâce à l’abnégation et le courage de l’un de leur professeur, M. Gilles Roumieux, à qui je voue une totale admiration et le plus profond respect. »

La brochure « Touche pas à mon école » est disponible à Alès dans les librairies Sauramps en Cévennes et « Au bonheur des gens » au prix de 3 euros, et en téléchargement à 1 euro ici. Les bénéfices des ventes sont reversés au foyer socio-éducatif du collège Jean-Racine.

Un évènement de lancement comprenant un temps de rencontre et d’échange avec les partenaires médias en présence de Gilles Roumieux et Mickaëlle Paty, qui remerciera les élèves, aura lieu le 22 mai à Alès. Découvrez, à la fin de cet article, des extraits issus des réflexions des élèves de Gilles Roumieux, qui semblent parfois empreintes de beaucoup de lucidité…

Marianne : D’où vient le projet de « Touche pas à mon école » ? Comment êtes-vous entré en contact avec Mickaëlle Paty ?

Gilles Roumieux : Le projet « Touche pas à mon école » est né en réaction à l’assassinat par un islamiste de Dominique Bernard, professeur de français, le 13 octobre 2023, trois ans après celui de Samuel Paty. Comme les précédents projets portant sur le rôle du professeur, la défense de la démocratie et la lutte contre le harcèlement scolaire, les élèves de troisième ont été sensibilisés à un fait d’actualité pour les amener à réfléchir sur un enjeu de société et bâtir ainsi un pan de leur citoyenneté.

En décembre 2020, après la publication dans Midi Libre des extraits de la brochure « Touche pas à mon professeur », prix de l’initiative laïque 2021, Mickaëlle Paty est entrée en contact avec moi, très touchée par les réactions des élèves, après l’assassinat barbare de son frère. Notre relation ne s’est jamais démentie. Nous nous entretenons régulièrement sur les problématiques liées à l’école de la République et à la laïcité. Très naturellement, je lui ai proposé d’être la marraine du nouveau projet et d’écrire la préface du livret, ce qu’elle a accepté à la grande joie des élèves et de leur professeur.

« Ces problématiques autour de l’école et de la laïcité ne concernent pas que les adultes, elles concernent plus que jamais les élèves ». En quoi cela les concerne-t-il plus ?

Des professeurs menacés, attaqués et parfois assassinés pour enseigner les valeurs de notre République ; la laïcité contestée ; des programmes scolaires remis en cause au nom d’une idéologie ou d’une religion ; des élèves en proie à la violence du harcèlement scolaire dans l’école et hors de l’école par la viralité nocive des réseaux sociaux, autant de problématiques diverses et variées auxquelles sont confrontées les élèves.

Comment alors ne pas interroger ceux qui sont les plus nombreux au cœur de l’école, qui la vivent et la respirent quasi quotidiennement ? Leur permettre de s’exprimer librement, de faire entendre leurs voix et de poser une réflexion, c’est leur accorder de l’importance et leur apporter de la confiance nécessaire à tout épanouissement.

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En les associant, en les concernant, en leur permettant d’écouter des avis divergents, de les entendre aussi, l’école de la République prépare tous les élèves à faire société par le dialogue et le débat, à être unis autour de principes essentiels. C’est en faisant battre le pouls de la démocratie dans les classes, une démocratie participative, que l’école prépare les élèves à leur futur rôle de citoyen, une citoyenneté active et engagée pour vivre ensemble dans une société apaisée.

Comment vous y prenez-vous pour les faire réfléchir par eux-mêmes, développer leur esprit critique, les faire réagir ?

Faire réfléchir les élèves, leur permettre de penser par eux-mêmes, développer leur esprit critique fait partie des missions essentielles du professeur. C’est ce lent, long et perpétuel processus qui donne toutes ses lettres de noblesse à l’école républicaine, car elle permet à chacun de construire sa propre liberté. Il est ainsi aisé de comprendre pourquoi elle est devenue une cible pour les islamistes et les extrémistes.

Par la confrontation de documents sur des thématiques liées aux programmes scolaires officiels, par leur contextualisation, l’enseignant prépare l’élève à exercer son esprit critique, à le rendre plus vigilant, à construire son libre arbitre. Il est vrai que c’est un exercice devenu de plus en plus difficile à l’ère des réseaux sociaux, d’informations protéiformes où les lumières philosophiques de la raison sont altérées par les signaux numériques. L’enseignement traditionnel, plutôt conventionnel, vertical et routinier, lasse progressivement les élèves et les plonge dans une certaine passivité. Ils reçoivent davantage un savoir qu’ils ne le construisent.

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Mon rôle de professeur n’est pas de donner la pensée, mais de donner à penser. En s’adressant à leur intelligence avec la pédagogie de projet, les élèves deviennent davantage acteurs, sont forcément plus impliqués d’autant plus qu’ils sont sollicités pour faire entendre leurs voix avec une totale liberté de participation.

Cette considération qui leur est témoignée conduit les élèves à se livrer sincèrement. En répondant par écrit à des questions ciblées en classe pour laisser place à davantage de spontanéité, l’élève produit une réflexion personnelle à laquelle une attention sera accordée.

Ce pas de côté, cette horizontalité couplée avec le savoir indispensable reçu quotidiennement donne une plus-value à sa réflexion. C’est en prenant connaissance du regard de ses camarades sur des sujets communs que chaque élève ouvre son esprit à des avis différents, nourrit le dialogue et le débat, et peut penser contre lui-même en remettant en cause ses certitudes, c’est l’effet miroir qui régule la réflexion. Davantage que le contenu des écrits, c’est la démarche qui importe. L’élève s’exprime, pense par lui-même, parfois contre lui-même, réagit. Il ne subit aucune influence, se prémunit de toutes les emprises et construit sa propre liberté. N’est-ce pas là l’essence émancipatrice de l’école de la République ?

Qu’avez-vous retenu des réponses de vos élèves aux questions posées pour le livre ?

Ce que je retiens des réponses de mes élèves aux difficiles questions que je leur ai posées, c’est d’abord que chacun est capable d’apporter un éclairage sur des sujets sensibles de société. Il est important de porter leurs voix, les faire entendre, pour coconstruire les citoyens de demain et pour faire vivre notre démocratie, le rempart contre l’obscurantisme.

Je note également leur profond attachement aux valeurs de la République, à la liberté qu’ils chérissent par-dessus tout. Ils souhaitent mener leur vie comme ils l’entendent, librement et sans pression dans le respect des autres, c’est réjouissant.

Cela fait écho à la démarche pédagogique et humaniste de ce projet sur des sujets sensibles, choisis, qui leur donne l’occasion de s’exprimer. Liberté donnée aux réactions, égalité dans leur réception et fraternité pour faire société.

Les élèves souhaitent davantage être écoutés et entendus sur les sujets d’actualité ; ils désirent également que l’école soit plus ouverte et plus adaptée à notre monde, qu’elle soit plus épanouissante, moins stressante et plus sécurisée, car les assassinats de professeurs ont généré de la peur. Ils ont conscience tout de même que l’école a une importance vitale.

Avez-vous senti vos collègues se censurer devant le danger islamiste ?

Je ne peux pas m’exprimer à la place de mes collègues sur leur éventuelle autocensure, je ne suis pas dans leur classe. En revanche, ce que j’ai constaté, c’est une certaine retenue et de la peur pour un grand nombre d’entre eux. Cette crainte du terrorisme est prégnante et gagne même des élèves et leurs parents.

Les professeurs doivent être davantage formés à la laïcité, un principe de conciliation et de liberté, pour faire face à sa contestation ; ils doivent aussi être davantage soutenus par leur hiérarchie qui doit agir sans attendre quand le problème se présente ; ils doivent aussi être plus protégés quand cela est nécessaire.

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Ce livret est dédié à la mémoire de Samuel Paty et de Dominique Bernard, à leurs familles, à toutes celles et à tous ceux qui œuvrent chaque jour dans les salles de classe en premières lignes de la République pour en inculquer les valeurs. Et pour conclure, quel plus bel hommage que celui rendu par un élève, Mattéo : « Grâce aux professeurs, nous avons la possibilité de forger notre propre opinion, d’être capables de la défendre par le dialogue, le débat et non par la violence. C’est cette voie que nous devons suivre pour prendre notre envol. Les professeurs dans leurs classes sont à leur échelle des symboles de liberté, d’égalité et de fraternité. Cette liberté d’expression qui nous est permise engendre une diversité d’avis que nous pouvons partager et qui renforce notre unité. L’école nous instruit et nous aide à réfléchir ; elle est donc fondamentale dans la société. »

***

« Nous ne pouvons pas laisser l'extrémisme ni l’islamisme, car nous ferions gagner ces gens sans cÅ“ur, sans cerveau et sans âme. » Mélyne.

« La laïcité est un principe à l’école pour se respecter les uns les autres, car sans elle il y aurait des conflits, surtout nous avons la liberté de penser sans pression. » Lilou.

« Selon moi, un professeur doit être un exemple de liberté pour ses élèves. Il doit leur transmettre des connaissances, mais avant il doit leur transmettre le respect des autres dans le cadre des valeurs de la République. » Sirine.

« Un professeur va laisser les élèves s’exprimer et penser comme ils le désirent, mais cela ne plaît pas à certaines personnes extrémistes qui veulent imposer leurs avis et leur choix. » Lorenzo.

« D’après moi, il devrait y avoir une rue ou une place dans chacune des métropoles françaises qui soit dédiée à la mémoire de ces deux professeurs assassinés. Je trouve que ces faits très graves sont oubliés trop rapidement. » Titouan.

« Grâce aux professeurs, nous avons la possibilité de forger notre opinion, d’être capable de la défendre par le dialogue, le débat et non par la violence. » Mattéo.

« Un professeur doit valoriser l’entraide, favoriser la liberté d’expression et nous préparer aux obstacles qui feront irruption dans nos vies afin que nous puissions les surmonter. » Loucas.

« L’école est bien un lieu de fraternité où le professeur ne fait aucune distinction entre ses élèves, nous sommes dans un endroit de confiance. » Milana.

« Dans une salle de classe, on peut tous s’exprimer comme on le veut tant qu’on ne porte pas atteinte aux autres. Oui heureusement qu’il y a la laïcité à l’école, car la neutralité permet d’éviter les querelles et les conflits. » Jaïlys

« À l’école, on apprend à construire sa propre liberté et il est juste d’observer une minute de silence dans la cour, non seulement pour entretenir leur mémoire, mais aussi pour montrer notre solidarité envers leurs familles, nous prouvant ainsi notre attachement à la liberté. » Ylan.

« Si les professeurs sont des exemples pour certains, pour d’autres ils ne représentent rien. Le bon professeur est capable de nous apprendre à être libres, égaux et fraternels, il nous permet de nous émanciper. » Anonyme.

« Le rôle d’un professeur, c’est de nous préparer et de nous former pour le futur tout en nous apprenant à être libres et nous-mêmes. » Nolan.

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