Crise du logement : de Cécile Duflot à LR, Airbnb fait l’unanimité contre lui

crise du logement : de cécile duflot à lr, airbnb fait l’unanimité contre lui

Les boîtes à clés accrochées à un mur devant une porte d’immeuble, comme ici à Paris, sont souvent le signe d’appartements transformés en locations saisonnières toute l’année.

Les sujets de concorde dans la classe politique sont suffisamment rares pour ne pas relever l’union sacrée contre Airbnb en cet automne. La plateforme américaine, dont la France est le deuxième marché mondial, est devenue le symbole de ces meublés de tourisme qui contribuent à la crise du logement, partout sur le territoire, même si elle en partage la responsabilité avec d’autres acteurs comme Booking.

Au Sénat dominé par la droite, le communiste Ian Brossat vient de faire adopter coup sur coup deux amendements au projet de loi de finances pour 2024. Le premier met fin à la «niche fiscale Airbnb», qui autorisait un particulier à déduire jusqu’à 71 % de ses revenus. Désormais, «on payera autant d’impôts si on loue en Airbnb qu’en location classique» et la réduction fiscale ne pourra excéder 30 %, explique le sénateur communiste. Le second assujettit à la TVA les meublés de tourisme, qui en étaient exonérés, à la différence des hôtels. Certes, ces amendements ont toutes les chances d’être balayés par le 49.3 auquel l’exécutif devrait avoir recours pour faire adopter le budget. Seulement, «le gouvernement peut-il continuer à faire fi de ce qu’expriment les sénateurs LR et les élus locaux, et s’afficher ouvertement comme les relais du lobby Airbnb ?» s’interroge celui qui fut, comme adjoint au logement, le fer de lance de la régulation de la plateforme dans la capitale. «Il y a dix ans, c’était un combat parisien, mais aujourd’hui cela touche tous les territoires et c’est devenu transpartisan», ajoute Brossat.

Les villes littorales et les quartiers centraux des grandes métropoles

Le tournant date du Covid. Jusque-là, les plateformes de location de courte durée étaient surtout implantées dans les grandes métropoles, Paris en tête. Mais le confinement leur donne l’occasion de prendre pied en région, notamment dans les zones littorales, rurales et montagnardes prisées par les touristes. En 2022, la France comptait 131 millions de nuitées en meublés de tourisme, ce qui en fait le premier marché européen avec un quart du total. Or, Airbnb et consorts sont accusés d’exacerber la crise du logement, en vidant de leurs habitants les villes littorales les plus touristiques, mais aussi de gentrifier les quartiers centraux des grandes métropoles. Tout en enrichissant considérablement les investisseurs propriétaires de logements mis en location.

Le sujet s’est invité aussi à l’Assemblée nationale, où une proposition de loi (PPL) transpartisane a été adoptée mercredi à une large majorité en commission des affaires économiques. Portée par la députée LREM Annaïg Le Meur (Finistère) et le socialiste Iñaki Echaniz (Pyrénées-Atlantiques), elle devrait être examinée ce mercredi 6 décembre et a «de bonnes chances d’être adoptée, car c’est un texte mesuré et équilibré, même si Bercy essaie de nous mettre en difficulté sur l’article 3, qui concerne la fiscalité», indique ce dernier.

«Est-il normal que le logement soit devenu un outil d’optimisation fiscal et de rendement maximal ? Est-il normal que des locataires, en règle, soient mis hors de leur logement pour qu’il soit transformé en meublé de tourisme ? s’est interrogé en commission le député socialiste, filant l’anaphore. Est-il normal que des soignants ou des employés territoriaux dorment dans leur voiture ou au camping entre juin et septembre ? Que des jeunes et moins jeunes ne peuvent plus vivre là où ils ont grandi car la spéculation immobilière a fait exploser les prix et transforme nos villes et villages en résidences de vacances ?»

Parmi les 12 articles de la PPL, le principal fait droit à une revendication ancienne des élus des villes de moins de 200 000 habitants) ou qui ne sont pas situées en «zone tendue» : pouvoir mettre en place un «régime d’autorisation préalable de changement d’usage». Autrement dit, être en mesure de s’opposer au désir d’un propriétaire de mettre sa résidence secondaire sur Airbnb. Couplée au numéro d’enregistrement, cette autorisation, qu’elle soit ou non assortie de mesures de compensation, est cruciale pour pouvoir contrôler et limiter la transformation des logements en meublés de tourisme.

Le «désengagement progressif de l’Etat»

Oxfam veut aller plus loin et «donner la possibilité aux communes d’interdire les locations de courte durée des résidences secondaires», comme le propose la branche française de l’ONG, dirigée par l’ex-ministre du Logement Cécile Duflot, dans un rapport publié ce lundi, le tout premier consacré à cette question et intitulé «Logement : inégalités à tous les étages». Dénonçant plus généralement «la financiarisation du logement en France», rendue possible par le «désengagement progressif de l’Etat» et la «multiplication des niches fiscales», le rapport rappelle que 44 % du patrimoine français est entre les mains des 10 % des Français les plus riches. Une concentration qui nous fait revenir à la fin du XIXe siècle… «On marche sur la tête, on n’aura bientôt plus de logements pour se loger», a tempêté Cécile Duflot lors d’une conférence de presse en amont de la publication, s’indignant qu’un «logement loué trois jours par mois soit plus rentable qu’un logement loué à l’année».

Mais l’effort de régulation se heurte au lobbying intensif d’Airbnb. Comme le rappelle Oxfam, la firme américaine a dépensé plus d’un million de dollars (environ 919 000 euros au cours actuel) en lobbying en 2022, un investissement multiplié par plus de cinq en dix ans. Au-delà des chiffres, il y a les hommes, qui font des allers-retours entre le public et le privé : c’est le cas de David Miodownick, passé par le Sénat, puis le cabinet d’Elisabeth Borne, avant d’être débauché en janvier par Airbnb, pour revenir en septembre à l’Assemblée en tant qu’assistant du député Horizons François Jolivet, spécialisé dans le logement…

Un lobbying qui devrait s’intensifier à l’approche des JO, synonymes de manne financière pour les loueurs comme pour la plateforme.

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